La présidentielle américaine 2020 – Partie II

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C’est un lendemain de veille que peu de gens souhaitaient. La course à la Maison Blanche est tellement serrée que les résultats tarderont à arriver. Ce qui laisse beaucoup d’espace et de temps, par exemple, à un candidat qui voudrait s’imposer avant le verdict final…

C’est aussi un scénario qui a causé de forts mouvements de marchés alors que plusieurs investisseurs ont ajusté des portefeuilles qui prévoyaient pour plusieurs une vague bleue (démocrate). Les attentes ont été rajustées à la fois sur un éventuel plan de relance généreux ou sur des modifications aux divers taux de taxation.

Observons les mouvements les plus notables au moment d’écrire cette note :

Marché boursier : Forte avancée des indices

Quelques éléments d’explication :

• Comme à l’habitude depuis des mois, les titres technologiques ont mené la charge.
• Leur montée en flèche peut s’expliquer en partie par leur statut de valeur refuge depuis le début de la pandémie.
• La résurgence du coronavirus fait craindre des reconfinements régionaux, ce qui favorise à nouveau les titres technologiques.
• Le blocage politique qui se dessine diminue les risques d’une législation plus sévère à l’endroit des titres technologiques qui deviennent trop puissants au goût de certains élus.
• Sur le plan fiscal, une annulation partielle des baisses de taxes de l’administration Trump n’est plus dans les cartes, du moins à court terme.
• Le fait que le marché américain performe mieux que les marchés européens et en développement indique une aversion au risque. Les grands titres de croissance y sont nombreux et sont relativement rassurants en temps de crise.
• Il se trouve aussi plusieurs analystes qui doutent de la capacité réelle de Donald Trump d’empêtrer tout le pays dans une très longue bataille légale.

Marchés des taux : Hausse de la valeur des titres du Trésor

Quelques éléments d’explication :

• Les bons du Trésor demeurent la valeur refuge par excellence en temps d’incertitude, malgré des taux d’intérêt historiquement bas.
• Les craintes d’une réapparition de l’inflation, grande ennemie des obligations, sont aussi mineures même à la suite d’injections records d’argent public dans le système. Il reste à voir si cette minimisation du risque inflationniste sera justifiée.
• Les investisseurs inquiets quant à la fragilité des finances publiques et à une hausse éventuelle des taux voient d’un bon œil la probabilité moindre d’un plan rapide de soutien massif et coûteux, tel que promis par Joe Biden.

Le décompte des derniers votes est toujours en cours et quelques États clefs sont encore entre deux chaises. Il faudra possiblement des jours avant d’avoir une image plus claire du résultat final. Cela dit, compte tenu de la volatilité des derniers mois, tous ces mouvements brusques de marchés pourraient se renverser à mesure que le paysage s’éclaircit et que reviendra ce qu’on appelait naguère «la normalité».

Risque sanitaire sous-jacent…

Parmi les rares certitudes qui subsistent à court terme, on sait maintenant que toute collaboration politique bipartisane est exclue. Cela implique un dysfonctionnement évident sur les plans fiscal et législatif, mais aussi des lacunes dangereuses dans la capacité de lutter contre le coronavirus, qui n’a surtout pas dit son dernier mot. Triste rappel : Les États-Unis ne représentent que 4% de la population mondiale, mais comptent pour 20% des décès reliés à la COVID-19. La paralysie politique annoncée pourrait donc y avoir des conséquences sanitaires funestes.

Au risque de nous répéter, un portefeuille prudent et axé sur la préservation du patrimoine est la meilleure approche en des temps aussi inusités et incertains. Nous suivons les développements à la minute et ne laisserons rien au hasard dans les jours et semaines qui viennent.

… et risque démocratique

Quelle que soit la préférence de chacun quant au résultat final, il est historiquement sans précédent d’avoir vu un président sortant et candidat, dans un pays dit «civilisé», déclarer que s’il perd ce sera à cause d’une fraude électorale; applaudir un groupe de ses militants qui attaque un autobus de campagne de son adversaire; planifier et faire une déclaration de victoire avant même le décompte des votes; préparer son équipe à empêcher l’inclusion de certains votes selon les États; annoncer à l’avance plusieurs recours légaux pour prouver sa victoire si nécessaire; rigoler en public qu’il n’aurait même pas besoin de fermer les poings pour faire tomber son adversaire en le frappant, et on en passe. On parle de la première puissance mondiale et de son leader.

On dit souvent qu’en démocratie le peuple ne se trompe jamais? On devrait plutôt dire qu’en démocratie le peuple a le droit de se tromper. Même deux fois de suite s’il y a lieu, on verra.

Chose certaine, ce qui se passe depuis quelques années chez nos chers voisins d’en bas nous fait réaliser que, malgré tout, il fait bon vivre au Québec!

Prenez bien soin des vôtres et à très bientôt,

Votre équipe