Survol économique de la semaine du 9 au 13 novembre

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Nous ajoutons cette semaine une section spéciale sur les effets possibles d’une présidence Biden sur l’économie de notre plus grand partenaire commercial (et donc sur la nôtre aussi).

Survol économique

AU CANADA

• Lors de sa mise à jour économique et financière, le ministre des Finances du Québec a confirmé un déficit de 15 milliards CAD pour l’année en cours et annoncé 1,8 milliard de dépenses additionnelles pour combattre la pandémie, ce qui porte à 13 milliards les sommes allouées à la pandémie depuis mars.
• Le gouvernement québécois a réinstauré une forme de guichet unique pour les entrepreneurs avec un bureau dans pratiquement toutes les MRC du Québec. Ceux qu’on appelait autrefois les CLD, abolis par le gouvernement libéral, renaitront sous l’appellation Accès Entreprise Québec. L’un des objectifs est de simplifier et accélérer les démarches des entrepreneurs.
• Hydro-Québec a annoncé une hausse de ses tarifs d’électricité de 1,3%. Le taux d’inflation des derniers mois tourne pourtant autour de 0,2% seulement et les critiques de cette hausse tarifaire ne se sont pas gênés pour le faire savoir. Certains craignent également qu’une hausse de tarifs ne nuise à la relance économique.
• L’ancien gouverneur de la Banque du Canada (et d’Angleterre) Mark Carney a fait connaitre les résultats d’un rapport de consultation qui prévient que le marché du carbone devra être au moins 15 fois plus imposant qu’il ne l’est actuellement si on espère lutter efficacement contre les changements climatiques. Il a qualifié l’effort actuel de farce.
• Selon la banque CIBC, les Canadiens ont dépensé une forte proportion des aides d’urgence octroyées par le gouvernement pour se procurer des biens étrangers. Les biens de consommation courante (ex.: les vêtements) ne sont pas aussi efficaces que les services de proximité (ex.: coiffeur, restaurant) pour soutenir l’économie locale.
• Malgré des taux d’intérêt historiquement bas, les ventes de maisons en octobre ont diminué au Canada pour la première fois depuis les confinements d’avril, avec un recul de 0,7% comparativement au mois précédent.
• La dirigeante de la santé publique au Canada, Theresa Tam, a estimé que le pays pourrait atteindre les 10,000 nouveaux cas de COVID-19 par jour d’ici décembre, soit 5 fois plus que durant la première vague du printemps.
• Malgré une semaine boursière positive, les obligations canadiennes conservent une avance de près de 10% sur les actions depuis le début de l’année.

AUX ÉTATS-UNIS

• Énorme nouvelle provenant de Pfizer avec un vaccin qui serait efficace à 90%. Les marchés américains et mondiaux ont fortement réagi à la hausse.
• Parmi les secteurs gagnants, les entreprises aériennes et de croisières ont vu leurs titres profiter de cette lueur d’espoir, après avoir perdu dans certains cas plus de la moitié de leur valeur au pire de la pandémie.
• Les titres technologiques ont semblé subir l’effet inverse alors que les expectatives d’un retour à une économie plus pré-pandémie ont dégonflé leur valeur refuge.
• Le coronavirus a toutefois poursuivi sa progression alors que plus d’un million de nouveaux cas ont été détectés aux États-Unis en une semaine.
• Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a une fois de plus prévenu les marchés que la reprise économique demeure très fragile malgré les espoirs d’avoir un vaccin sous peu.
• Malgré un rattrapage à poursuivre de plusieurs millions d’emplois perdus, le taux de chômage aux États-Unis s’est amélioré en repassant sous la barre des 7%. Il avait débuté l’année à 3,5% avant de grimper à près de 15% au pire de la crise.
• Le titre de Fox Corporation, propriétaire de Fox News, a chuté après que Donald Trump ait laissé entendre qu’il créerait une chaine de nouvelles concurrente. Ceux qui avaient peur de s’en ennuyer peuvent se consoler, nous le verrons sans doute encore pour un moment.
• Les actions américaines (indice S&P500), portées cette année par les titres technologiques géants, devancent d’un peu plus de 4% l’univers obligataire américain depuis le 1er janvier. Ce dernier devance toutefois le Dow Jones (moins technologique) de plus de 3%.

À L’INTERNATIONAL

• L’annonce d’un potentiel vaccin a fait bondir le prix du pétrole, dont la valeur est fortement dépendante d’une réouverture plus «normale» de l’économie. Une diminution des inventaires a aussi contribué à la hausse. À plus long terme, une présidence Biden annonce des jours moins faciles pour le forage pétrolier en général, ce qui pourrait créer une certaine pression additionnelle à la hausse sur le prix avec une offre moindre.
• Le vaccin attendu et la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine ont permis au marché boursier Japonais d’atteindre un sommet sur plusieurs décennies, soit depuis le début des années 90. L’éclatement d’une bulle immobilière il y a près de 30 ans y avait causé des dommages encore visibles aujourd’hui.
• À la suite de l’annonce de Pfizer d’une efficacité de 90% de son vaccin, la Russie a répliqué avec une annonce prétendant que son vaccin, le Sputnik V, montrerait une efficacité de 92%. Dans la rubrique fiabilité des annonces de régimes autoritaires, il ne manquerait que la Corée du Nord qui prétendrait en avoir un à 101%.
• Alors que le président Biden n’aura pas totalement les coudées franches pour légiférer contre les Big Techs, l’Union européenne poursuit en justice Amazon qui cause partout des ravages auprès des plus petits commerces de détail en abusant de sa position dominante et en utilisant des données provenant de certains fournisseurs. Des projets de séparer les Big Techs en plus petites divisions indépendantes sont au menu depuis un moment. Entendons-nous, « petites » est relatif puisque chaque unité demeurerait une entreprise de taille substantielle. Avec une capitalisation de plus de 1500 milliards USD, Amazon ferait partie des 10 plus grands pays sur la planète en termes de PIB, plus grand que l’entièreté du PIB canadien. Go l’Europe.
• Après un bon début de trimestre qui faisait suite à la pire contraction économique de l’histoire de la zone euro, la production industrielle y a repris le chemin du recul avec une décroissance annualisée de près 7% en septembre (moins de 1% pour le mois).
• L’Europe a franchi cette semaine le seuil des 300,000 décès liés à la COVID-19. Globalement, ce sont plus de 1,3 million de décès et plus de 54 millions de cas qui ont été répertoriés.
• Le Danemark, premier producteur mondial de fourrures, a demandé à ses éleveurs d’abattre 15 millions de visons après qu’une souche de la COVID-19 ait pu se transmettre des humains aux animaux. Gardez vos vieux Kanuk.
• Le gouvernement chinois a décidé de « désélire » certains députés de Hong Kong démocratiquement élus qui s’opposaient au régime plus autoritaire de Pékin sur l’île. Carrie Lam, cheffe pro-Pékin de l’exécutif à Hong Kong, a déclaré sans rire qu’il était de toute façon excitant d’adopter des projets de lois plus efficacement (i.e. sans opposition). Clairement, le commerce a échoué comme stratégie internationale pour renforcer les droits et libertés en Chine.
• Une forte hausse du prix du bitcoin se produit actuellement. Nouvel or pour certains, instrument comparable à Loto-Québec pour d’autres, la cryptomonnaie n’a pas fini de faire jaser. Les frères Winklevoss (que l’on peut voir dans le film sur Facebook) sont tout bonnement devenus milliardaires la semaine dernière grâce à leurs bitcoins.
• Pour la première fois de l’histoire, cinq personnes ont maintenant une fortune dépassant les 100 milliards USD (131 milliards CAD) selon Bloomberg, pour un total de 834 milliards CAD à eux cinq. Jeff Bezos (Amazon), Bill Gates (Microsoft), Mark Zuckerberg (Facebook), Elon Musk (Tesla) et Bernard Arnault (LVMH) ont atteint cette marque cette semaine. Warren Buffet suit, avec «seulement» 114 milliards CAD. Le canadien le plus riche sur la liste de Bloomberg est Joseph Tsai, actionnaire d’Alibaba, avec une fortune évaluée à près de 18 milliards CAD.
• Le point précédent, outre son aspect spectaculaire, devrait être reçu avec un minimum de questionnement sur la viabilité du système économique actuel et les inégalités extrêmes qu’il crée dans son sillage: Cinq hommes qui possèdent 834 mille millions.

SECTION SPÉCIALE : L’EFFET POTENTIEL D’UNE PRÉSIDENCE BIDEN SUR L’ÉCONOMIE

• Contrairement à la croyance répandue qu’une présidence de The Donald était un résultat préféré par les marchés, la victoire de Joe Biden pourrait fort bien être bénéfique aux places boursières étant donné sa propension plus forte à instaurer des plans économiques interventionnistes de soutien.
• Quant aux attentes et réactions des divers secteurs de l’économie, elles varient fortement selon le domaine d’activités:
RESTAURATION : Les potentiels reconfinements pourraient asséner un coup additionnel aux restaurants, déjà éprouvés depuis le début de la pandémie. Joe Biden vise également un salaire minimum à 15$, ce qui d’une part augmentera le pouvoir d’achat de millions de travailleurs, mais pourrait d’autre part mener à une réduction des emplois dans le secteur (les salaires sont une source de coûts encore plus grande que les intrants alimentaires dans la restauration).
COMMERCE DE DÉTAIL : Le prochain programme gouvernemental de soutien sera vital pour un grand nombre de commerçants, qui dépendront de la capacité de dépenser de leur clientèle. Les détaillants devront aussi faire face à la menace d’autres confinements et à la possibilité d’une augmentation du salaire minimum.
SECTEUR AUTOMOBILE : Les producteurs de véhicules à essence seront largement défavorisés face aux constructeurs de véhicules électriques (Tesla, GM, Ford, Volkswagen) qui bénéficieront d’incitatifs fiscaux aux acheteurs.
MANUFACTURIERS : De meilleures relations avec les partenaires commerciaux des États-Unis devraient soutenir les manufacturiers américains dans leurs exportations, incluant les grands joueurs de l’aéronautique.
TÉLÉCOMMUNICATIONS : Joe Biden propose de brancher l’entièreté du pays à Internet pour niveler les inégalités d’accès. Les grandes compagnies traditionnelles de téléphonie verront sans doute certaines règles amoindrir leur pouvoir décisionnel (frais d’accès au réseau entre autres).
AGRICULTURE : Les exportations de produits agroalimentaires américains vers l’Asie pourraient augmenter dès que le nouveau gouvernement apaisera le climat belliqueux instauré par The Donald. Toutefois, la demande provenant du secteur du biocarburant pourrait être perturbée puisque le maïs et le soya y sont jumelés à des produits pétroliers qui sont dans la mire d’un président plus environnementaliste.
ASSUREURS (SANTÉ) : Le président Biden souhaite créer un régime public d’assurance-santé, ce que les assureurs privés (et très prospères) ne voient pas d’un bon œil. Les soins de santé demeurent l’une des plus importantes causes de faillite des ménages américains, aussi impensable que cela puisse paraitre pour une société aussi riche (mais trop inégalitaire).
PHARMACEUTIQUE : Le rapatriement en sol américain de la R&D et de la production de plusieurs médicaments amènera vraisemblablement une hausse des investissements dans le monde pharmaceutique. Les tests de covid et la vaccination à grande échelle seront aussi des facteurs positifs pour les revenus du secteur. La renégociation des coûts des médicaments par l’État (Medicare) aurait toutefois un effet inverse.
SECTEUR DE L’ÉNERGIE : Changement drastique par rapport à l’ère Trump, la politique environnementale de Joe Biden sera résolument plus verte et axée vers les énergies renouvelables avec des investissements colossaux pour réduire les GES et combattre les changements climatiques. Les règles environnementales adoucies par The Donald pourraient être rétablies, voire renforcées, au grand dam des pétrolières entre autres.
MÉTAUX : Tout programme de soutien gouvernemental de l’économie sera positif pour le secteur des métaux nécessaires aux infrastructures. Une nouvelle politique de tarifs douaniers aurait aussi un rôle à jouer, bien que le président Biden n’ait pas inclus cet élément à ses priorités. Dans le cas de l’or, les taux d’intérêt réels négatifs et les programmes gouvernementaux de stimuli (créant de grandes liquidités) ont un effet positif sur le métal jaune. Un retour de l’inflation pourrait y ajouter une source de gain.
INSTITUTIONS FINANCIÈRES : Une hausse des taux d’impôt est crainte par les banques, qui avaient aimé la baisse octroyée par le président Trump. Il sera très important de suivre les nominations aux postes clefs de la présidence de la Federal Reserve (leur banque centrale), du Secretary of the Treasury (leur ministre des Finances) et également de la Securities and Exchange Commission (leur Autorité des marchés financiers). Des dirigeants aux profils plus stricts pourraient vouloir serrer la vis aux grandes banques. Des réglementations plus permissives dans le passé ont mené à des crises financières, celle de 2008 étant le plus récent (et éloquent) exemple. Mais les banques finissent toujours par gagner.
CANNABIS (avouez que ça vous intéresse) : Le secteur bénéficiera probablement d’une réglementation beaucoup plus favorable à son développement, ce qui pourrait rapidement rendre rentables plusieurs entreprises du domaine dont les dépenses d’opérations deviendraient déductibles (elles ne le sont pas actuellement).

Aperçu des marchés et des performances depuis le début de l’année
(En devises locales et à la fin de la semaine du lundi 9 au vendredi 13 novembre)

CANADA

Obligations canadiennes
• Marché monétaire T-Bill : +1,30%
• Univers obligataire : +7,30%
• Sous-secteur gouvernemental (fédéral et provinces) : +7,51%
• Sous-secteur gouvernemental de long terme (fédéral et provinces): +9,79%
• Sous-secteur corporatif Investment Grade : +6,82%
• Sous-secteur corporatif High-Yield (spéculatif) : +4,28%
Actions canadiennes
• Indice TSX : -2,27%
• Indice TSX Equal Weight : +1,97%
• Sous-secteur TSX Énergie : -47,94%
• Sous-secteur TSX Financières : -9,06%
• Sous-secteur TSX Technologies : +36,43%

ÉTATS-UNIS

Obligations américaines
• Marché monétaire T-Bill : +0,93%
• Univers obligataire : +6,68%
• Sous-secteur gouvernemental : +7,80%
• Sous-secteur gouvernemental de long terme : +17,62%
• Sous-secteur corporatif Investment Grade : +7,73%
• Sous-secteur corporatif High-Yield (spéculatif) : +3,76%
Actions américaines
• Indice S&P500 : +10,97%
• Indice S&P500 Equal Weight : +3,84%
• Sous-secteur S&P500 Énergie : -44,23%
• Sous-secteur S&P500 Financières : -12,33%
• Sous-secteur S&P500 Technologies : +32,15%
• Indice Dow Jones : +3,30%
• Indice NYSE : -1,09%
• Indice Russell 3000 : +11,63%
• Indice Russell 2000 : +4,53%
• Indice Russell 1000 : +12,13%
• Indice Nasdaq : +31,84%

MONDIAL

Obligations mondiales
• Univers obligataire : +6,69%
• Sous-secteur gouvernemental : +6,92%
• Sous-secteur corporatif Investment Grade : +7,32%
• Sous-secteur corporatif High-Yield (spéculatif) : +2,79%
Actions mondiales
• Indice MSCI World (pays avancés) : +7,50%
• Indice MSCI World ESG (pays avancés, avec critères ESG) : +7,45%
• Indice MSCI ACWI (tous pays) : +7,51%
• Indice MSCI ACWI ex-USA (tous pays, excluant les États-Unis) : +0,98%
• Indice MSCI Marchés émergents : +7,28%
• Indice CSI 300 (Chine) : +18,55%
• Indice Nikkei 225 (Japon) : +9,04%
• Indice Stoxx 50 (Europe) : -8,36%
• Indice DAX 30 (Allemagne) : -1,30%
• Indice FTSE 100 (UK) : -16,26%
• Indice CAC 40 (France) : -10,00%

AUTRES INDICATEURS

• Dollar US @ 1,31 CAD (Dollar CAD @ 0,76 USD) : +0,97%
• Euro @ 1,55 CAD (Dollar CAD @ 0,64 EUR) : +6,61%
• Yuan @ 0,20 CAD (Dollar CAD @ 5,02 CNY) : +6,76%
• Bloomberg des matières premières mondiales : -8,51%
• Prix du HUC (exposition au pétrole) : 9,29$
• Once d’or @ 1896 USD : +25,00%
• Indice de volatilité VIX : 23,10 (niveau pré-pandémie entre 12 et 15)

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Bonne semaine!

Votre équipe